Virage - Volume 2

Volume 2 Numéro 4 - Été 1997

Pour en finir avec cette maladie qui mange la vie...

Danielle Stanton

Source: La Gazette des femmes, Vol.18 No.6.

 

«Les gens ne comprennent pas, s’indigne Marlène Duchesne. Ils savent que l’anorexie fait maigrir, ils ne savent pas qu’elle tue. J’en connais, moi, une fille anorexique dont le coeur a flanché le mois dernier, chez elle. Si on l’avait aidé à temps, elle vivrait. Mais dans la région, on manque de services».

«Au Centre hospitalier universitaire de Québec (CHUQ), on est au moins un an en liste d’attente avant d’obtenir un rendez-vous en clinique externe. Autrement, on ne peut entrer que par l’urgence... à moitié morte. C’est ahurissant, ridicule. Faut faire quelque chose».

Le «quelque chose» derrière le cri d’alarme de Marlène Duchesne, c’est L’Éclaircie, un projet de maison de transition pour accueillir des anorexiques au sortir des longs, des interminables mois d’hospitalisation. Un rêve que Marlène porte à bout de bras depuis un an et demi avec Manon Després, une ex-anorexique, Vickie Lemieux, une éducatrice spécialisée et Suzanne Péloquin, une travailleuse sociale.

Marlène a ses raisons. Sur la table, elle étale ses photos. «Ça c’est moi.» Au bout de son doigt, assise dans une balançoire, une forme squelettique dans son chemisier rose et son pantalon vague. Un fantôme de 68 livres au milieu des vivants. Bizarrement, ce n’est pas la maigreur stupéfiante du corps qui serre la gorge. C’est le vide, l’absence dans les yeux. Ni colère, ni joie, ni peine: néant. Dans ce regard, il fait noir. De 14 à 18 ans, Marlène a vécu emmurée vivante. «L’enfer dans la tête. Sans arrêt, une voix en dedans commande, accuse: «T’es grosse, t’es laide, arrête de manger, t’as pas de volonté, tu vaux rien». Tu te dégoûtes. L’état de dénutrition finit par dérégler ta perception: t’es rachitique mais tu te trouves énorme. Même si t’es vannée, tu jogges comme une débile pour faire fondre la moindre calorie. Tu ruses avec les amis, les parents pour contourner chaque occasion de manger. C’est fou... Personne ne peut imaginer. On est en prison.» Marlène est furieusement décidée à dévoiler le vrai visage de cette maladie qui mange la vie.

D’accord. Alors allons-y. Plus de 6% des filles de 14 à 25 ans souffriraient de «troubles de comportements alimentaires», l’anorexie ou la boulimie, deux faces du même mal. Près de 65 000 Québécoises*. Quelques gars aussi, un pour quinze filles. Derrière ces «stats» désincarnées, qu’ y a-t-il, Marlène? Comment arrive-t-on à virer folle au point de penser qu’un morceau de carotte dans une journée c’est «trop»? C’est quoi l’idée? Devenir évanescente comme la Moss, la Schiffer et autres biches qui exhibent leurs «filiformes» à pleines revues? Juste pour ça? Silence. Soupir. Marlène laisse tomber avec un sourire moitié-découragé, moitié-ironique: «C’est pas mal plus compliqué...»

Des filles sous pression

Les préjugés réducteurs, Carole Raté, l’une des rares spécialistes de l’anorexie-boulimie à Québec, les a tous entendus. Elle en a soupé. «Même si on ne vivait pas sous le joug de la minceur, l’anorexie sévirait, affirme la psychiatre du CHUQ. Cette pression joue un rôle, évidemment, mais ce n’est pas la cause. De l’anorexie, il y en avait au XVIe siècle. Vous savez quoi? Un chercheur a même prouvé que plusieurs saintes qui passaient pour des ascètes étaient en fait des anorexiques!» La science parle d’une combinaison, d’un enchevêtrement de facteurs. À la base, il y aurait des tempéraments «à risques», des terreaux propices; des filles trop sensibles au jugement des autres, avec une estime d’elles-mêmes en chute libre, qui ont de la difficulté à faire leur place, à s’affirmer. Pour être sûres et certaines d’être aimées, elles veulent être conformes à ce qu’on attend d’elles, «Or maintenant, dans nos sociétés occidentales, on envoie le message qu’une vraie femme doit être belle et svelte, mais aussi ultraperformante», explique Carole Raté. La compétivité galvanise l’anorexie, c’est prouvé. Des études ont comparé deux écoles, l’une très compétitive, l’autre moins; dans la première, on a repéré nettement plus de cas d’anorexie. Le milieu familial? Bien sûr, ça compte. En général, les filles viennent de milieux éduqués, aisés, où la réussite est importante. Bref, la personnalité + la société + l’influence familiale, constituent ce système dans lequel ces filles se sentent écrasées, dépassées. En faisant des régimes, en matant leur corps, elles ont enfin le contrôle total sur quelque chose. Et le dérapage commence... Le problème psychologique devient aussi biologique. L’anorexie s’installe, et «s’auto-entretient»: plus elles jeûnent, plus elles ont peur de manger. Alors quand j’entends «c’est un entêtement de petites filles riches» ou «elles n’ont qu’à manger», ça me fait bondir. Elles n’ont pas le choix d’être ainsi. Et c’est grave. Tellement grave que Carole Raté juge la situation à Québec alarmante. Elle ne peut accepter en consultation que 35 nouveaux cas par an. «C’est trop peu». De fait, pour un bassin évalué à 13000 femmes anorexiques-boulimiques, les ressources sont «chétives». Il faudrait plus, une aide structurée. «Montréal l’a, avec l’hôpital Douglas. Moi, je réclame depuis neuf ans une unité spécialisée avec diététiste, psychologue et un centre de jour, rappelle Carole Raté. Les autorités disent oui, admettent que c’est une priorité, mais c’est tout. La situation est désespérante».

Forcément, la psychiatre appuie L’Éclaircie à 200%, et s’y donne à fond. C’est même aux responsables du projet qu’elle a choisi de remettre le prix de 2 000 $ qui lui a été récemment décerné par l’Association des médecins psychiatres du Québec. «Il faut absolument un endroit comme celui-là. Sinon, plusieurs filles sortent fragiles de l’hôpital et rechutent, puis reviennent, et rechutent encore. On n’arrive à rien.»

Hospitalisations à répétition, rechute sur rechute: Marlène connaît. «Tu sors de l’hôpital, un milieu très encadré, et paf! on te laisse à toi-même. L’heure des repas redevient terrorisante. Tu ne sais plus, tu en vois trop dans l’assiette, toujours trop. L’Éclaircie atténuerait le choc. Les filles pourraient être hébergées un moment, réapprendre à faire une épicerie sans paniquer, cuisiner ensemble. Elles reprendraient tranquillement contact avec le monde, le travail, la famille. Et la nourriture. D’autres pourraient y venir juste pour parler à des spécialistes qui prendraient le temps de les entendre, qui comprendraient... Moi, après quatre ans de rechutes, j’ai enfin guéri parce qu’un médecin et une infirmière ont pris le temps de s’intéresser à moi, à mon âme, au lieu de se contenter de me faire engraisser. J’ai eu cette chance, je veux la donner à d’autres. Quand je vois des anorexiques, je ressens leur épuisement. J’ai mal pour elles.»

Marlène Duchesne et ses «alliées» espèrent recevoir cette année l’argent nécessaire pour ouvrir au moins un local, ne serait-ce que quelques jours par semaine. La Régie régionale aurait mis le projet en haut de sa liste. «Cet argent ferait économiser au système le coût des hospitalisations qui s’éternisent», fait-elle valoir.

Aujourd’hui, Marlène est belle, elle est pleine de vie, elle a 28 ans. Elle prend sur la table une photo du passé: «Je voulais redevenir une enfant. Les enfants, on les aime. Mais quand je regarde cette fille, c’est une étrangère. J’ai perdu quatre ans de ma vie.»

* Toutes les statistiques citées proviennent du National Eating Disorders Information Center.

 

Êtes-vous facile à manipuler?

Marie Montiel

Source:Madame 7 jours, vol. 2 no 44.

 

Certains traits de votre personnalité sont des sources où viennent s’abreuver les manipulateurs... Apprenez à les reconnaître, pour mieux résister à l’exploitation!

Dans votre entourage, on vous considère comme une bonne personne. Vous êtes toujours prête à rendre service; vous ne savez pas dire non. D’ailleurs, si vous arrivez à balbutier un refus à l’occasion, vous trouvez le moyen de vous culpabiliser. La fois suivante, vous en faites deux fois plus, car vous ne supportez pas l’idée qu’on vous critique. Vous cédez facilement devant les jérémiades et les apitoiements d’autrui. Bref, vous n’êtes pas difficile à convaincre, et les autres en profitent. Vous êtes une proie facile pour les manipulateurs aguerris, qui trouvent aisément le chemin de vos petites faiblesses. Pour eux, rien n’est plus simple que de provoquer en vous une réaction émotive qui affaiblit votre jugement et vous poussent à faire ce qu’ils attendent.

Connaissez vos points faibles

Pour éviter de vous faire manipuler, vous devez connaître vos points et les traits de votre personnalité susceptibles de vous transformer en marionnette. Cette prise de conscience diminuera votre vulnérabilité et vous permettra de maîtriser davantage la situation. Quelles sont ces caractéristiques dont les autres profitent sans vergogne? Sachez les identifier en vous remémorant les situations où vous avez cédé et où vous ne vous êtes pas sentie à l’aise.

Vous vous sentez facilement coupable. Pour les personnes qui connaissent cette facette de votre personnalité, rien n’est plus facile que de vous plonger dans des abîmes de culpabilité. Elles trouvent les mots et les attitudes qui vous rendent mal à l’aise si vous ne concentrez pas toutes vos énergies à répondre à leurs attentes. Les gens qui se posent en martyrs excellent à ce genre de chantage affectif.

Vous manquez de confiance en vous-même. La dévalorisation est un grand fléau pour l’être humain. Un peu comme la culpabilité, elle sape lentement, mais sûrement, les forces vives de l’individu. À force de se répéter: «Je suis incapable, je ne suis pas à la hauteur, je ne suis pas aimable», etc., on finit par y croire. Une petite menace, quelques mots accusateurs, et le manipulateur, connaissant votre manque d’assurance, fera vaciller votre confiance et vous amènera à faire ce qu’il désire.

Vous avez beaucoup de compassion pour les autres. C’est bien, mais attention aux spécialistes de la plainte! Qu’ils se plaignent sans arrêt d’eux-mêmes ou qu’ils accusent les circonstances extérieures (les autres, la société, le destin, la vie, etc.), ils sauront toujours se soustraire à vos conseils. Lorsque vous essayez de proposer un remède ou une issue à un plaignard, il vous répond: «Oui mais...», surtout si vous lui dites: «Tu as tout pour être heureux!» Pour vous protéger, soyez à l’écoute, mais demandez-vous intérieurement:«Est-il en train de jouer avec mes sentiments? Comment puis-je l’aider à s’aider lui-même sans y laisser ma peau?»

Vous ne supportez pas les silences. Celui qui ne dit rien, ne demande et n’impose rien peut se révéler le plus subtil des manipulateurs. Il exige de l’attention ou de l’affection sans en montrer le besoin. Il contraint l’autre à deviner et à guetter ses réactions. Cette attitude passive déclenche chez l’autre un sentiment de rejet qui l’incite à entrer dans le jeu en offrant toute sa disponibilité.

Vous vivez par procuration. Vous avez peur de vous distinguer et d’affirmer vos différences. Par l’appropriation, votre regard devient celui de l’autre sur vous. Vous ne vous différenciez pas, vous ne faites pas la part des choses, des êtres, des réactions qui leur appartiennent. Lorsque l’autre devient ainsi votre principal point de référence, vous ne parvenez pas à définir vos propres valeurs. Vous devenez une proie facile, car vous ne savez pas ce que vous voulez ou non, ce que vous aimez ou pas.

Vous craignez la confrontation. Vous avez peut-être de mauvais souvenirs reliés à des disputes qui ont tourné au vinaigre ou à des conflits qui se sont terminés dans la violence. Pour cette raison, vous avez peur des affrontements, vous ne supportez pas les différends. Plutôt que de défendre vos idées en entrant dans des pourparlers et des discussions légitimes, vous vous pliez aux voeux et aux exigences de l’autre. Vous vous laisser manipuler!

Pour vaincre votre vulnérabilité et résister à la manipulation, écoutez vos sentiments: ils vous envoient des signaux d’alarme. Vous y gagnerez le respect des autres et l’estime de vous-même!

 

Les aidants naturels, une «vocation» aux conséquences imprévisibles.

Marie-Claude Girard

Source: La Presse ,19 mai 1996

Texte primé dans la catégorie Presse écrite quotidienne et hebdomadaire au Prix Jean-Charles Pagé 1997.

 

Faute de sous, l’État compte de plus en plus sur les familles pour prendre soin d’un nombre croissant de malades chroniques. Bien souvent, cette nouvelle responsabilité incombe à une seule personne: une femme, la plupart du temps. Dans le jargon du milieu, on la nomme «aidante naturelle».

Entre 35 et 64 ans, c’est près d’une femme sur deux qui risque de devoir prendre en charge un proche, parfois au détriment de sa propre santé. Derrière les termes un peu ronflants de «virage ambulatoire» et de «maintien à domicile», se cache une tâche qui, au jour le jour, n’a rien de très «naturelle».

Un exemple:

Cette collègue de travail est toujours fatiguée. Souvent en retard, elle quitte avant l’heure, appelle tout le temps à la maison, s’absente régulièrement, refuse toute invitation. Pas le temps, pas l’énergie. Avant d’arriver au boulot, elle a dû convaincre sa mère atteinte d’Alzheimer de s’habiller pour se rendre au centre de jour. Une autre fois, la dame a mis le feu en voulant cuisiner, s’est chamaillée avec les enfants, a hurlé toute la nuit des choses incompréhensibles. Pour pouvoir se consacrer entièrement à sa mère, cette collègue songe à devancer le moment de sa retraite. Elle s’isole, ne sort presque plus. La dépression la guette.

«Beaucoup d’aidants naturels s’oublient complètement. Ils cachent leurs propres maux, négligent des problèmes latents. Plusieurs sont eux-mêmes sous médication pour différents problèmes liés au stress», observe Micheline Daoust, présidente du Regroupement des aidantes et aidants naturels de Montréal.

Souvent, c’est au décès du malade que les problèmes de santé font leur apparition. C’est un peu l’histoire de Mme Daoust. Après avoir pris soin de son mari et de sa belle-mère tout en travaillant et élevant des enfants, elle a craquée. Par honte ou par lassitude, la plupart des soignants, surtout les plus âgés, attendent d’être au bout du rouleau pour demander de l’aide. Moins nombreux, les hommes respecteraient davantage leurs limites.

Feu la vie de couple

Les spécialistes sont unanimes: prendre soin d’un proche dépendant peut conduire à un état d’épuisement mental et physique. Dépression, anxiété, insomnie, sentiment d’impuissance et de frustration, les symptômes sont plutôt inquiétants. Dans les cas les plus lourds, les proches se sentent pris au piège, enfermés dans leur propre maison, sans répit, pris dans une situation qu’ils n’ont pas choisie et dont ils ne voient pas l’issue.

«La vie de couple et de famille s’étiolent. Les enfants en souffrent. Les mères prennent des congés de maladie pendant des mois et des mois», raconte Gisèle Tourangeau, travailleuse sociale et directrice de l’Association des parents et amis du malade mental. En fait, les soignants souffrent des mêmes maux que les professionnels de la santé, équipement en moins, estime Francine Ducharme, professeure et chercheuse en sciences infirmières à l’Université de Montréal.

Avec le développement de nouvelles technologies comme l’antibiothérapie à domicile, ils accomplissent des tâches réservées autrefois au personnel hospitalier.

Aussi, il est difficile de mettre de côté ses émotions quand le malade est aussi le père, la soeur ou le conjoint. Il y a de la culpabilité, la peur de faillir à son devoir, de trop penser à soi. Un sentiment qui persiste parfois après le décès. Sans compter que les relations familiales ne sont pas toujours idylliques. Selon Mme Daoust, le chantage émotif n’est pas rare.

La santé mise à dure épreuve

Quand un proche sombre dans la démence ou la maladie mentale, la santé psychologique des soignants est mise à dure épreuve. Il faut faire le deuil d’un être cher tout en assurant une surveillance de tous les instants. Le malade est parfois agressif. On ne le reconnaît plus.

Pour les parents de jeunes psychiatrisés, la vie suit le rythme des portes tournantes: crise, hospitalisation, retour à la maison, nouvelle crise, refus de se faire soigner. Parfois, il faut appeler la police, faire face aux préjugés, aux voisins qui ne disent plus bonjour.

«Il n’y a pas de situation facile. Quand les parents âgés vivent seuls, il faut passer souvent, appeler pour vérifier si tout va bien. C’est essoufflant, dit Mme Daoust. Même en institution, c’est parfois deux fois plus d’ouvrage!» Plusieurs établissements comptent sur la famille pour faire manger le patient, le peigner, nettoyer ses vêtements.

Curieusement, Francine Ducharme et son équipe ont constaté que la lourdeur de la tâche ne dépend pas de l’état objectif du malade mais de la perception que le soignant a de la situation. «C’est pourquoi il est important d’intervenir sur le plan social et affectif, dédramatiser la situation sans la nier», dit-elle. Ses recherches ont démontré que la qualité du soutien dont jouissent les proches a un impact direct sur leur bien-être physique et psychologique.

«La recette de l’échec, c’est de s’isoler, de consacrer entièrement sa vie à la personne malade», constate Gisèle Tourangeau. D’après une étude américaine, les aidants satisfaits du soutien de leur famille sont moins stressés, consomment moins de médicaments contre l’anxiété ont un meilleur moral et une meilleure perception de leur santé. «Le pire, c’est que des fois, on te confie le mandat, on ne t’épaule pas et en plus, on te critique», déplore Micheline Daoust. «On sait bien toi, t’es toujours fatiguée!»

 

Communication parents/ados: Restons branchés!

Francine Boucher et Denise Martel

Source: L’Équilibriste, vol.4 No 9.

 

En tant que parent d’adolescent, il vous arrive sûrement de vous sentir dépassé par les événements, de vous demander si vous êtes un bon parent ou tout simplement de vous poser des questions sur votre équilibre mental. En effet, maintenir une bonne communication avec un ado n’est pas toujours de tout repos.

Qu’est-ce qu’un adolescent?

Un adolescent est une fille ou un garçon âgé(e) entre 12 et 18 ans. On peut parler de pré-adolescence pour ceux et celles dont l’âge se situe entre 9 et 11 ans et de post-adolescence pour les 19-25 ans. En plus, de développer les aptitudes pour combler les besoins élémentaires (nourriture, logement, hygiène), le jeune doit acquérir plusieurs habiletés pour trouver sa place dans le monde de demain.

Qu’est-ce qu’un parent d’adolescent?

On peut difficilement dresser un portrait type du parent d’adolescent. Néanmoins, on sait que c’est un homme ou une femme, âgé(e) entre 35 et 45 ans, qui est à l’apogée de sa vie tant économique, sexuelle, que sociale. Bien qu’il ait déjà une douzaine d’années d’expériences dans le «métier» de parent, le parent d’adolescent se sent troublé face aux changements qu’il doit apporter dans ses rapports avec son adolescent.

Ce qui se passe dans l’adolescence

En entrant de plein pied dans l’adolescence, le jeune se trouve projeté au coeur de ce qu’on peut appeler une «tempête développementale». En effet, durant un laps de temps variant de six à sept ans, celui-ci voit son corps se développer, acquérir les caractéristiques de son sexe et commencer à ressentir les pulsions sexuelles avec lesquelles il doit composer. Ses capacités intellectuelles s’accroissent de 30% et son sens critique se développe grâce à l’apparition de la pensée formelle qui permet de raisonner de façon abstraite. Avec cette nouvelle aptitude, le jeune peut porter un regard plus critique sur le monde des adultes et il ne s’en prive pas! C’est à ce moment que l’adolescent commence à «dé-idéaliser» son parent en se permettant de souligner les contradictions entre ce que celui-ci dit et ce qu’il fait: «Tu me dis de ramasser mes affaires, mais toi tu ne le fais pas!» Période difficile pour le parent mais nécessaire afin que son jeune puisse créer sa propre personnalité.

Émotionnellement, l’adolescent veut créer sa propre intimité où les amis prendront de plus en plus d’importance tandis qu’il se distanciera graduellement de son parent. «Petits mots d’amour» et gestes affectueux n’ont plus leur place en public et les parents ne reçoivent plus ses confidences. Les modifications physiologiques propres à la puberté s’accompagnent du choc de la «grande injustice» et ce n’est pas toujours facile d’accepter que ses parents soient à l’origine de ces traits physiques peu désirables: nez busqué, menton proéminent, oreilles en «porte de grange». D’un côté, l’adolescent petit et malingre regarde avec envie ses amis plus grands et plus forts, image qu’il associe au prestige et à la popularité. D’un autre côté, l’adolescente «précoce» vit l’envers de la médaille alors qu’elle a souvent à subir une convoitise sexuelle à laquelle elle n’est pas encore prête à répondre. De plus, elle a tendance à développer une image négative d’elle-même à mesure qu’elle s’éloigne de l’idéal «minceur».

Particularité de la communication parent / adolescent

La communication parent / adolescent est très particulière en raison des nombreux éléments dont vous devez tenir compte dans votre façon de communiquer. Dans un premier temps, cette forme de communication met en présence des gens qui partagent un lien de sang et qui vivent ensemble tous les jours depuis au moins dix ans. La durée de cette intimité fait en sorte que les deux parties ont moins tendance à prendre des précautions pour se respecter mutuellement et, qu’en cas de conflit, on pourra facilement faire allusion à des événements passés pour blesser l’autre. Le rôle de chacun doit être bien défini: le parent est un modèle, un leader et un guide alors que le jeune doit accepter qu’il n’y ait qu’un chef et chercher à profiter de l’expérience de son parent. En tant que parent, nous devons toujours avoir en mémoire qu’il est normal que notre relation avec notre jeune ait des hauts et des bas en raison des ajustements indispensables aux changements qui surviennent durant l’adolescence.

L’ABC de la communication

La communication est le moyen utilisé par un émetteur pour faire connaître ses idées et ses sentiments à un récepteur qui, à son tour, deviendra émetteur pour lui transmettre sa réponse. Or, lorsqu’on se retrouve au coeur d’un conflit parce que l’on s’est mal exprimé ou que l’on a mal compris un message, on s’aperçoit bien vite que l’art de communiquer n’est pas aussi simple qu’il en a l’air! En fait, lorsque l’on devient parent d’adolescent, il semble que cela vaille la peine de réviser nos notions sur la façon de communiquer avec notre ado. Voici quelques principes qu’il serait intéressant d’appliquer:

• Tenir compte que notre adolescent est différent de nous et le respecter comme une personne à part entière.

• Utiliser un langage accessible avec des mots qui ont la même signification pour notre ado et nous même.

• Prendre le temps d’expliquer clairement nos idées à notre jeune, de vérifier s’il a bien compris et de corriger le message s’il y a eu distorsion. Soyons patient! Notre ado traverse une phase de son évolution où il cherche à développer ses propres idées.

Des obstacles à la communication

Une bonne communication implique une ouverture de la part des deux parties en cause. Cependant, il arrive parfois que certaines attitudes, tant du côté du parent que de l’adolescent, deviennent des obstacles à la communication. En effet, un adolescent peut trouver irritant d’être toujours aux ordres d’un parent gendarme, d’écouter les longs sermons d’un parent prêcheur, de se faire ridiculiser et rabaisser par un parent cynique ou juger par un parent critique. Par contre, le parent a parfois à faire face à certaines attitudes de la part de son jeune qui peuvent être une entrave à la communication. En effet, celui-ci trouve parfois agaçant de se retrouver face à un adolescent renfermé qui ne lui répond que par monosyllabes, à un adolescent hypersensible dont les réactions sont démesurées par rapport à la nature des échanges ou à un adolescent qui ne l’écoute pas mais qui dit tout comprendre.

En tant qu’adulte et guide, c’est au parent d’améliorer la communication en faisant en sorte de changer ses mauvaises attitudes. Au lieu de donner un ordre: «Tu rentres à dix heures ce soir!», il peut poser une question: «À quelle heure penses-tu entrer ce soir?» Il doit éviter de faire des commentaires comme s’il avait le droit de tout juger et de ne pas céder au désir de blesser son jeune en l’humiliant devant les autres. Le parent peut apprivoiser son adolescent renfermé en passant tout simplement plus de temps avec lui et ce, tout en tenant compte que ce dernier est à construire son monde intime. Face à son adolescent hypersensible, le parent peut s’annoncer davantage en frappant à sa porte ou en lui demandant: «Puis-je te parler de...?» afin de lui laisser le temps de se préparer à l’entendre. De même, le parent ira tout de suite à l’essentiel, en évitant les détails, avec un message clair pour être certain d’être bien compris de son ado qui ne l’écoute pas.

Règles à respecter en cas de conflit

De la même façon qu’il existe des conventions en vigueur lors des guerres, il y a des règles à respecter en cas de conflit parent/ adolescent afin de solutionner le problème et d’éviter une coupure dans la communication.

• Choisissez le moment et le lieu propices pour discuter du problème.

• Respectez-vous mutuellement.

• Transmettez un message clair.

• Contrôlez vos émotions.

• Recherchez une situation sans gagnant ni perdant.

• Réfléchissez avant de décider.

Bibliographie:

CLOUTIER, Richard (1994), Mieux vivre avec nos adolescents, Éditions Le Jour, Montréal, 170 pages.

LEDUC, Claire (1994), Le parent entraîneur, Les éditions Logiques, 222 pages.

 

L’humour: un état de grâce

Source: Simone Piuze, Le Bel âge, Juillet/Août 93

 

Rien à voir avec les grosses blagues! Développer le sens de l’humour, c’est acquérir sagesse et sérénité, oser lancer un grand merci à la vie!

«L’homme endure dans le monde de si atroces souffrances qu’il a été forcé d’inventer l’humour pour se sauver du suicide»,ai-je lu quelque part. Cette phrase me revient alors que je songe à cette forme d’esprit si rare de nos jours hors des scènes de spectacles. L’humour nous permet de situer tous les événements de notre vie dans la perspective de leur relativité et... d’en rire. Mais qu’est-ce vraiment que le «sens de l’humour?» Naît-on avec le sens de l’humour en héritage ou bien peut-on le développer jour après jour, épreuve après épreuve?

La relativité des choses

«L’humour. Petit mot, grande chose. Si grande qu’on peut en préciser les frontières», dit Doris Lussier, humoriste et philosophe qui témoigne, à 75 ans, d’une joie de vivre exceptionnelle. «L’humour, ce n’est pas seulement une blague, explique-t-il. Derrière sa légèreté se cache un sens aigu de la gravité des choses. Au-delà du mot qui fait sourire, il faut voir le fruit d’une maturité intellectuelle et morale, une attitude devant le monde et, à la limite, une véritable philosophie de la vie. Je crois que l’humour est un des mots qui désignent la sagesse. Plus un homme est sage, plus il connaît et aime les êtres, et plus il a le sens de la relativité des choses de ce monde. Et moins il se prend au sérieux!»

Pour Doris Lussier, l’humour serait une tournure d’esprit qui porte à voir nos actions et celles des autres avec le sourire de l’intelligence qui vient souligner leur relative vanité. «L’humour, c’est quand on rit... quand même!» dit-il avec justesse.

À la rigueur, vivre en «état d’humour» serait de se voir soi-même et voir le monde avec humilité et tendresse, de sorte qu’on puisse sourire après avoir pris du recul face à tout ce qui arrive de bon ou de moins bon. Se «décoller le nez», en quelque sorte, de l’événement, pour que la perspective se modifie. Quand on s’éloigne, on voit globalement, et ce qui nouait l’estomac tout à l’heure perd de son importance. «Il s'agit de vivre dans une attitude de joie et d’accueil, peu importe l’événement», dit de son côté Mance Yanakis, une femme de 67 ans dont les proches apprécient la sérénité, une sérénité qui la fait si belle. «Avec cette philosophie, indique-t-elle, rien n’est catastrophique puisque les choses sont différentes selon la perception qu’on peut en avoir. Parfois, un changement de perspective peut transformer totalement notre réaction première.» Ainsi, la neige qui s’est éternisée en mars et en avril n’a pas du tout rendu Mance cafardeuse. «Quand le matin j’apercevais la neige, je pensais à tous ceux qui devaient se rendre travailler dans la tempête et je me disais que, finalement, j’avais de la chance de pouvoir rester chez-moi, bien au chaud», raconte-t-elle en riant.

La neige ce n’est pas une bien dure épreuve, direz-vous... Mais il reste qu’une saine attitude d’esprit face aux pépins du quotidien nous prépare à accepter les véritables épreuves avec sérénité. Bien sûr, on ne peut rire de tout à gorge déployée. Quand meurt un être cher, difficile de se taper les cuisses. «Il reste à vivre pleinement ce deuil, dit Mance. Ça veut dire, en premier lieu, laisser sortir l’émotion, afin de ne pas créer de refoulement, puis, petit à petit, voir en quoi cette séparation peut nous grandir et nous aider à mieux vivre». Et Mance de raconter la mort de son mari, emporté par un cancer il y a quelques années. «Nick m’a laissé son «écoute des autres», dit-elle. Il savait écouter comme pas un, et les gens se confiaient facilement à lui. À sa mort, j’ai demandé à Dieu de me donner l’écoute de Nick, sa formidable écoute des autres».

Humour et spiritualité

Mance ne le cache pas: sa grande foi l’aide à rester sereine et à s’abandonner dans les bras de la vie. «Tant que j’ai lutté, seule, avec mon intelligence, mon courage et ma débrouillardise, dit-elle, «IL» m’a laissée ramer. Mais arrive un jour où les forces humaines ne suffisent plus: on a besoin d’un coup de pouce qui vient de «l’autre côté»... C’est à 35 ans que j’ai pris conscience de cette grande vérité. J’étais sans le sou, mon mari n’arrivait pas à trouver du travail. J’ai donc écrit à ma soeur, cloîtrée, et je lui ai demandé de prier. Je me sentais si petite, si démunie... Quelques jours plus tard, Nick trouvait du travail».

Mance n’est pas la seule à affirmer que l’humour sans la spiritualité ne mène nulle part. «Je suis croyant mais ma foi c’est l’espérance: je crois mais ne sais pas, alors j’espère!», dit Doris Lussier, ajoutant que Dieu est la seule question vraiment intéressante. Et il cite la prière de saint Thomas More dont voici un extrait empli d’humour:

Donnez-moi une bonne digestion, Seigneur, et aussi quelque chose à digérer. (...) Et ne permettez pas que je me fasse trop de souci pour cette chose que j’appelle «moi». (...) Donnez-moi la grâce de savoir discerner une plaisanterie, pour que je tire quelque bonheur de la vie et que j’en fasse part aux autres.

Pour sa part, Claude Boisvert, 53 ans, reconnu dans son milieu pour son humour à toute épreuve, dit remercier Dieu, chaque soir de la journée qui vient de s’écouler. «Et quand je m’éveille, je lui demande de m’aider à passer à travers la prochaine avec le sourire», ajoute-t-il en éclatant de rire. Oui, il a éclaté de rire! Et pourtant, il vient d’apprendre que sa femme doit bientôt subir une très grave opération. «La nouvelle est dure à avaler, dit-il, mais ça ne sert à rien de m’inquiéter. À chaque jour suffit sa peine. À quoi bon m’en faire à l’avance? Demain n’est pas encore là. Seul compte aujourd’hui. Actuellement, je suis assis en face de vous. Je vous écoute. Et je savoure mon café. L’instant est bon. Le jour de l’opération, je serai calme et confiant».

Tout comme il l’a été il y a quinze ans, quand il a partagé les trois derniers mois de la vie de son père, terrassé par des tumeurs au cerveau. «Nous qui avions toujours été en désaccord, nous nous retrouvions face à face, père et fils réunis simplement. Nous prenions plaisir à parler et une très grande tendresse nous submergeait. Nous avons appris enfin à nous comprendre». Cette épreuve a grandi Claude, lui a fait entrevoir la vie terrestre d’une tout autre façon. Désormais il allait témoigner de sa joie d’être en vie, de regarder ses enfants grandir et les fleurs pousser, il allait prendre les petits malheurs du quotidien avec le sourire et les grands avec sérénité. Il allait aussi cultiver la bonne humeur avec ses clients et avec quiconque se trouverait sur son passage. «J’aime regarder les gens droit dans les yeux, et leur communiquer ma joie», dit-il, pour ajouter aussitôt qu’il n’a pas de mérite puisqu’il est opticien!

Selon Claude, «quand on est de bonne humeur, on voit les êtres d’un tout autre oeil, au point qu’on en arrive à ne voir que leurs qualités». Doris Lussier abonde dans son sens: le philosophe avoue ne regarder que les qualités de sa femme, Lili, «Ses défauts, je ne les vois pas!» dit-il en riant. Voilà sans doute pourquoi il est encore si amoureux après tant d’années. Ainsi, l’humour donne des ailes à l’amour et permet de dédramatiser le quotidien tout en retrouvant son coeur d’enfant. En cela, il rejoint l’idéal éthique du Zen qui est d’arriver à «un état sans crainte, de totale assurance», et de passer de l’esclavage à la liberté.

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